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  • Création : 02/07/2009 à 15:01
  • Mise à jour : 07/07/2009 à 06:14
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Ses archives (4)

  • Locus cordis
  • Un peu de nostalgie
  • Le coquelicot  (en hommage à Francis Ponge)
  • Le secret perdu de la passion

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Locus cordis

Il est des lieux dont le souvenir nous blesse ou nous hante, d'autres ne sont qu'espace pur et nous indiffèrent, d'autres encore, tissés d'amoureuse mémoire, ont un visage qui palpite en nous pour toujours : ce sont les lieux du c½ur. J'écris pour ne pas oublier...

Les clairières de l'invisible : Vezelay-la-lumière, chantant sur ta colline, parmi les vendanges et les amandiers en fleurs, Silvacane la bleue, dans tes fraîches pierres de lavande, Le Thoronet, veillant dans la blanche rigueur des aubes provençales...

L'abbaye Notre-Dame de Sylvanès, moutier mystique, romane grange mère, blasonnée d'un lys et d'une tourterelle, plantée depuis plus de huit siècles, en rouge terre de Rouergue et blottie dans le nid de ta combe, sous la colline des Béatitudes...

Innocente clarté des brebis qui ondulent sur le chemin clair... poussière et lumière. Et on ne sait si c'est terre ou mer, tant l'amertume est absente et s'effacent les frontières.

Le champ de blé couché près du cimetière, sous la roue solaire du chevet plat, dans la clarté vibrante de l'été, la prairie musicale des boutons d'or, les giroflées sauvages dans les lézardes, les folles aiguillées du vitrail troué d'hirondelles, la flaque de vitrail infusé de soleil au pied du baptistère, les répons d'ombre et de clarté, l'escalier du dortoir usé par les pas des veilleurs et visité par un rayon de lumière oblique, les palmiers du scriptorium, penchés sur la calligraphie du silence, la salle capitulaire où la mémoire aimante des moines blancs aimait régulièrement se rafraîchir aux sources, les cryptes oubliées, les tombeaux mystérieux que la légende emplissait de trésors, le doux roucoulement des pierres vivantes au frais parfum de lys...

Au bord du Dourdou, l'ermitage au toit de lauzes, aux pierres de rouille disjointes, dans la clairière abolie des anges et des premiers moines, qui fondèrent avec Pons de Léras, le « brigand converti », le monastère tout proche, au temps de la fin amore, des troubadours et des romans de chevalerie...


Ils étaient comme des abeilles entrées par la fenêtre d'une maison étrangère et qui partout se heurtent, affolées, sans but... Il leur fut donné d'habiter un lieu où se tait la rumeur du monde, une ruche où bourdonne le chant des étoiles et d'en faire, pour toujours, leur demeure, en butinant les tournesols du silence.

L'ermitage Saint-François : les primevères dans le verre d'eau, la rosée sur les ronces, le chant de l'eau, les pierres moussues du gué vers le chemin de buis, les sous-bois mystérieux, les caryatides oubliées des derniers rois, la vieille allée solennelle qui menait aux eaux minérales...

Le linteau enneigé de la forge et la fenêtre incandescente comme le désir.

La menora étoilée d'églantines qui brille dans la pénombre, en mémoire d'Abraham et de sa race, à jamais...

Le fils de saint Dominique, le troubadour de la vieille abbaye, l'éveilleur du Bois dormant, qui vivait comme le lys des « chants » avec les françoisiers de passage...

Celle qui donnait en silence, le profond silence bleu où se tiennent les Invisibles qui intercèdent et consolent. Ils connaissent les trésors cachés et corrigent dans un Livre de Feu les jugements des hommes.

Jean, le fraternel géant qui plongeait le vieux presbytère dans la ferveur frénétique du Saint François de Paul marchant sur les eaux de Liszt.

Jean, qui m'indiqua le clocher du miracle.


Nuit de Pâques...Le diacre embrase le grand sapin desséché qui veillait sur la crèche de Noël...La flamme crépitant d'étincelles escalade la nuit étoilée ; l'assemblée chante tout doucement d'abord, puis de plus en plus fort, les paroles du Cantique des Cantiques : « J'entends mon Bien-aimé, voici qu'il vient, venez à sa rencontre !

« Je suis le Fils de Dieu
Dont les yeux sont une flamme ardente.
Et la flamme de mes yeux ne s'est pas éteinte
Quand les yeux de mon âme se sont fermés,
Dans ma chair sur la Croix.
Je suis venu jeter le feu sur la Terre,
Ma vie, nul ne la prend
Mais c'est moi qui la donne.
Mon corps est le Buisson ardent qui n'est pas consumé.
Ecoute Israël : « Je suis Celui qui est. »

Matin de Pâques...

La joie des amandiers neige sur la colline.






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#Posté le mardi 07 juillet 2009 05:29

Un peu de nostalgie

La machine à coudre Singer, les clafoutis aux cerises de ma grand-mère, les bouquets de violettes, les poinçonneuses du métro, les marrons brûlants dans les cornets de papier journal, les bouchers couverts de sang, les hirondelles à bicyclette : pèlerines bleues et bâtons blancs...Le chien qui fume, le chat Lucifer qui n'était pas gentil, mais moi, je l'aimais bien quand même, les enfants de Montmartre, l'odeur des vieux escaliers, la plainte de l'accordéon, les chansons d'Édith Piaf, les clowns du cirque d'Hiver, le Guignol du Jardin du Luxembourg, les bateaux sur le bassin des Tuileries, les chevaux de bois du manège, les apéritifs Dubonnet ("Dubo, Dubon, Dubonnet"), les Citroën à traction arrière, les autobus à pont, Notre-Dame de Paris...

Sur les bords de la Seine, le long des échoppes ombragées des bouquinistes, sous la vieille horloge de Saint-Germain l'Auxerrois, sous les arcades de la rue de Rivoli, dans la cour mal pavée des rois de France, dans le frais sielnce de Saint-Eustache où repose la mère de Mozart, sous les poutrelles du pavillon de Baltard, parmi les cris joyeux des marchands de primeurs, rue Berger, rue du Roule, rue des Prouvaires...Sur le vieux Pont Neuf où Molière enfant découvrit la commedia dell'arte.

Et derrière les façades encrassées, toutes les joies et tous les malheurs du monde.

J'ai dix ans, je me promène avec mon grand-père dans le Paris d'autrefois. Il me tient par la main.

Je me souviens et je voudrais casser les portes de la mort.
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#Posté le mardi 07 juillet 2009 04:34

Modifié le mardi 07 juillet 2009 05:24

Le coquelicot (en hommage à Francis Ponge)

Le coquelicot est aussi appelé " coq ", " ponceau ", " pavot des champs ", " pavot rouge ".

Son nom Viendrait de "coquelicoq" (1545), variante de l'ancien français " coquerico " désignant le coq par onomatopée. On écrit maintenant : "cocorico".

La crête du coq est rouge aussi, en effet, mais plus sombre, plus opaque, plus charnue. Le rouge du coquelicot est intense et translucide et quasiment sans support.

Brasier végétal.

Une fleur presque immatérielle. De la couleur à l'état pur, suspendue comme par miracle.

Stridents coquelicots ; on ne sait à quelle forge ils attisent leur incandescence.

Une mauvaise herbe, mais jolie et inoffensive : « Gentil coquelicot, Mesdames, gentil coquelicot, Messieurs.»

Son fruit est une capsule verte qui ressemble à une salière. Mais c'est plutôt du poivre qui en sort. Prenez-en de la graine pour les gâteaux.

Il a des vertus dormitives, comme son cousin, le pavot, mais dans les limites du raisonnable. Ce n'est pas une « fleur du Mal ».

Entre herbe et fleur, un mutant. Il dépasse les herbes, mais sans orgueil. On le voit de loin. Un solitaire qui fait nappe. Il invite à déjeuner sur l'herbe. Très prisé des impressionnistes.

Une ivraie en robe de soie qu'on laisse volontiers croître parmi les blés en compagnie de son petit frère, le bleuet, plus rare et plus discret.

Bleu, rouge et or...

Le rouge aux joues de la campagne.

Sur les talus aussi, ça en jette.

Fleur prolétarienne, rouge comme le sang des canuts, de Gavroche. "Je suis tombé par terre, c'est la faute à Voltaire..."

Une ardeur fragile et tenace, comme la colère des pauvres.

C'est aussi la fleur des soldats : il fleurit sur les champs de bataille. Mais son sang à lui n'est pas rouge. Sa tige, fine et velue, laisse échapper un suc laiteux quand on la coupe.

Transparent coquelicot qui tremble sous le vent.

Il a le c½ur noir, mais on n'y regarde jamais de près.

Les rails rouillés, le talus, le remblai semé d'herbes folles, les grandes ciguës, les coquelicots.

Le désert n'est pas aussi poignant que ces espaces dont l'homme s'est retiré pour un meilleur projet.

Les pauvres vies prétendument inutiles sont comme des trains qui ne partiront plus.

Et nous les voyageurs qui regardons de loin les wagons abandonnés aux coquelicots, si bêtement fiers de monter dans les trains qui marchent, que savons-nous de ce qui semble inutile, que savons-nous de celle qui nous attend sous les herbes folles et les coquelicots ?

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#Posté le mardi 07 juillet 2009 00:58

Modifié le mardi 07 juillet 2009 06:14

Le secret perdu de la passion


Une exposition exceptionnelle, à la médiathèque de Bourges, jusqu'au 29 août 2009, témoigne du destin de Jacques Rivière, « l'homme de barre » de la Nouvelle revue Française de 1909 à 1925.

En décembre 2000, la ville de Bourges a bénéficié d'un geste d'une admirable générosité : le legs, par Monsieur Alain Rivière d'un fonds d'archives d'une valeur considérable comportant, entre autres merveilles, l'intégralité de la correspondance entre son père, Jacques Rivière, directeur de la Nouvelle Revue Française de 1919 à 1925 et son oncle, Alain Fournier, l'auteur du Grand Meaulnes, ainsi que les manuscrits et l'ensemble de la correspondance de Jacques Rivière.

A un choix de ces précieux documents, parmi les plus précieux de l'Histoire littéraire du XXème siècle, s'ajoutent, à l'occasion de cette exposition, des prêts provenant de collections publiques et privées.

Lettres manuscrites de Marcel Proust, de Paul Claudel, de François Mauriac, d'Alain-Fournier, d'André Gide, d'Alexis Léger (Saint-John Perse), d'Antonin Artaud... affiches pour les ballets russes, pour le Sacre du printemps, pour Pelléas et Mélisande , carnet de captivité de Jacques Rivière tenu pendant les trois éprouvantes années qu'il passa au camp de Königsbruck en Prusse orientale, ouvert sur la page où il exprime son humiliation et sa rage...jouets en bois fabriqués par des prisonniers russes, son porte-plume, sa serviette en cuir gravée de ses initiales, témoignent de l'exceptionnel destin d'un homme qui s'était fait, selon l'expression de Jean Lacouture « l'accoucheur de notre culture vivante ».

"Je ne voudrais pour rien au monde appartenir à une époque pour laquelle "Pelléas et Mélisande" ne susciterait plus que de l'admiration", confia Jacques Rivière qui assista plus de quinze fois à la représentation de l'½uvre de Claude Debussy sur un livret de Maurice Maeterlinck, en compagnie de son ami Alain-Fournier. Ils avaient tous deux à peine vingt ans.

Cette exposition exceptionnelle nous invite à nous évader d'une époque blasée, pour retrouver, dans le silence du c½ur, au-delà de l'admiration, le secret perdu de la passion, le secret de Jacques Rivière.


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#Posté le lundi 06 juillet 2009 10:49

Modifié le mardi 07 juillet 2009 02:40

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